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Blog qui présente des photographes, peintres, illustrateurs, livres, musiques apparentés de près ou de loin à la culture gothique et au romantisme...

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Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel

Le rapport de Brodeck Philippe ClaudelLe métier de Brodeck n’est pas de raconter des histoires. Son activité consiste à établir de brèves notices sur l’état de la flore, des arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation s’améliore.
« On ne te demande pas un roman, c’est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c’est tout, comme pour un de tes rapports. »
Brodeck accepte. Au moins d’essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu’il ne sait pas s’exprimer autrement. Mais pour cela, prévient-il, il faut que tout le monde soit d’accord, tout le village, tous les hameaux alentour. Brodeck est consciencieux à l’extrême, il ne veut rien cacher de ce qu’il a vu, il veut retrouver la vérité qu’il ne connait pas encore. Même si elle n’est pas bonne à entendre.
« A quoi cela te servirait-il Brodeck ? s’insurge le maire du village. N’as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ? Qu’est-ce qui ressemble plus à un mort qu’un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes... » Brodeck a écouté la mise en garde du maire.
Ne pas s’éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n’existe pas ou ce qui n’existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire.

...Du même auteur, j'ai également lu Les âmes grises et La petite fille de Monsieur Linh et c'est assez pour voir cette constante dans l'écriture de Philippe Claudel : un style simple qui fait sa force. Oui cela donne de la force aux émotions, ces sentiments qui pourraient être ceux de tout à chacun, sans diatribes ni style ampoulé.
En gros, j'aime beaucoup ses livres et celui-ci en particulier, plus que La petite fille de Monsieur Linh.
En même temps ce livre évoque différemment la Shoah et les horreurs de la guerre...


"Moi, j'ai choisi de vivre, et ma punition, c'est ma vie."
Un personnage énigmatique, Brodeck, nous ouvre sa mémoire sur une page noire de l'Histoire : le destin inacceptable des juifs martyrs de la Shoah. Comment une foule peut transformer des individus en monstres ? Comment la peur de l'inconnu conduit à la haine et au meurtre ? Philippe Claudel avance doucement et trouve les mots justes. Tout est suggéré, on perçoit les odeurs, on entend la neige crisser sous les pas. Une parabole sur la folie des hommes, la vengeance et le pardon, un plaidoyer pour la différence.


Un extrait que j'ai relevé (p56) :
J'ai le sentiment que je ne suis pas fait pour ma vie. Je veux dire que ma vie déborde de toute part, qu'elle n'est pas taillée pour un homme comme moi, qu'elle se remplit de trop de choses, de trop d'événements, de trop de misères, de trop de failles. Peut-être est-ce ma faute ? Peut-être est-ce moi qui ne sais pas être un homme ? Qui ne sais pas prendre et laisser, faire le tri. Ou peut-être est-ce la faute de ce siècle dans lequel je vis et qui est un gros entonnoir où se déverse le trop-plein des jours, tout ce qui coupe, écorche, écrase et tranche. Ma tête parfois, je la sens sur le point d'exploser, comme une marmite qu'on aurait bourrée de poudre.
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