Blog qui présente des photographes, peintres, illustrateurs, livres, musiques apparentés de près ou de loin à la culture gothique et au romantisme...
Saint-Pétersbourg, en 1919. Sonetchka, une jeune fille, est engagée par Maria, une cantatrice de la haute société, pour être son accompagnatrice. Maria est belle et talentueuse ; Sonetchka est insignifiante et miséreuse. Parce que la soprano rayonne et qu'elle a tout, alors qu'elle-même n'a rien, Sonetchka, d'abord fascinée, entreprend bientôt de détruire le bonheur trop parfait de la chanteuse...
...On ne lui en veut pas à Sonetchka de vouloir détruire le bonheur de la seule personne aux yeux de laquelle elle existe, parceque son existence lui empêche de voir ce qu'est l'amour. Elle va s'employer dès le départ à trouver la faille pour mieux briser, ne pouvant supporter les différences entre elles : l'une riche, l'autre pauvre, l'une belle, l'autre laide, l'une dans la lumière appréciée de tous, l'autre dans l'ombre, transparente aux yeux des gens. Un court roman qui se lit d'une traite...
La foule attend, avide, suspendue aux lèvres de Maria Nikolaevna. Derrière la cantatrice se tient son accompagnatrice. Sous les feux de la rampe, être dans l'ombre de Maria Nikolaevna lui permet d'entrevoir et d'identifier avec acuité et lucidité tout ce dont elle n'aura jamais que quelques miettes. Sans avenir, sans autre passé qu'une vague enfance dans la ville de N., sans autre nom que son diminutif, Sonetchka traîne son anonymat et son vide sentimental en retrait de Maria Nikolaevna. Être misérable auquel personne ne prête attention, hormis peut-être celle qu'elle désire ardemment blesser, elle souffre dans l'ombre. Sur fond de révolution, présente en creux dans les bouleversements des habitudes de la haute société pétersbourgeoise, L'Accompagnatrice évoque, avec concision et efficacité, les oscillations d'un esprit mesquin entre la haine et l'amour. Et c'est aussi parce que le lecteur comprend que ce n'est ni par ambition ni par méchanceté, mais à cause d'un manque d'amour immense, que Sonetchka jalouse la beauté et le bonheur, qu'il la plaint plus qu'il ne la méprise. Sana Tang-Léopold Wauters (Chronique amazon.fr)